Source : Vin&Cie l'espace de liberté
La semaine qui s'ouvre sera largement bordelaise, les 27,28,29 juin c'est "Bordeaux fête le vin" et je suis accro de ce vin dans la ville, ce vin qui vient au devant des urbains, simple et joyeux, sans que les faiseurs d'interdits y fassent barrage avec leur arsenal de prohibitionnistes rentrés, le vin tel que nous l'aimons tous, goûté, apprécié, comme chacun l'entend. Ce lundi, je vous propose un entretien avec Jean-Marie Chadronnier qui fut, entre autre, jusqu'à ces derniers jours le président de Vinexpo. Homme d'une belle entreprise bordelaise, CVBG, il fut de l'aventure du groupe stratégique Cap 2010. Dans l'alchimie complexe du groupe Jean-Marie a apporté son expérience et sa clairvotance d'homme de produit. Relever "les défis du Vin français" pour lui, comme l'avait dit de Gaulle, s'apparentait à une ardente obligation. Le regard lucide qu'il porte sur la décennie écoulée n'a rien de passéiste, Jean-Marie aime trop ce produit pour cultiver le pessimisme, il y croît toujours par delà nos pesanteurs, nos immobilismes et notre goût pour la palabre. Je le remercie de m'avoir fait l'amitié de venir s'entretenir avec moi sur mon "espace de liberté". JB : Bonjour Jean-Marie, après avoir hissé CVBG, rachetée en 1998, au 1ier rang des exportateurs de Bordeaux, tu viens de prendre un peu de recul et, comme tu es à la fois un homme « produit », très en phase avec les tendances du marché, et un bon connaisseur des pesanteurs de notre système à la française, quel regard portes-tu sur la décennie écoulée ? JMC : Faire un inventaire et un bilan exhaustif serait trop long et inutilement douloureux parfois, sans compter les trous de mémoire. Je me limiterai donc modestement mon ambition à certaines réflexions sur que je considère comme des aspects saillants de ces 10 dernières années. Tout d’abord, l’évolution de la consommation du vin dans le monde : fini le gros rouge consommé à raison de plusieurs litres par jour pour se donner du courage, oublier sa misère ou, finalement, par besoin. Ses consommateurs ont quasiment disparu. Deux générations les ont remplacé : la mienne, la nôtre, Jacques, très tôt mise en garde contre les méfaits de l’alcoolisme et très vite incitée par voie de marketing à boire des sodas, de la bière, des jus de fruits, de l’eau etc.…. Le vin est devenu un produit de consommation plus « raisonnable » mais aussi plus occasionnelle. Souvent, il a même disparu des tables familiales… L’autre génération, celle de nos enfants, qui ont aujourd’hui entre 20 et 40 ans ne sait pas ce qu’a été le vin autrefois. Harcelée par la pub des autres boissons, elle a bien de la chance ou du mérite à savoir que le vin existe, lui qui est bâillonné chez nous, en France, pays de référence en matière de vins. Il est évident qu’avec la génération suivante, il n’y a aucun espoir que la situation s’améliore, au contraire. C’est trop triste socialement, économiquement et culturellement. [..]



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