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La chronique de Paul Bats : sans faim...

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La lecture de la presse sur l’explosion du prix des denrées alimentaires fait penser à cette blague d’avant la chute du communisme. On est à Moscou, il neige, il fait froid. Devant le magasin d’Etat une longue queue patiente depuis des heures dans l’espoir d’acheter des pommes de terre. La porte s’ouvre et une voix annonce, « aujourd’hui pas de pommes de terre pour les juifs ». Quelques silhouettes d’éloignent. Des heures et des heures passent, la nuit tombe, glaciale. La porte s’ouvre à nouveau, et la même voix annonce : « aujourd’hui pas de pommes de terre ». Alors Dimitri se penche vers son fils et lui dit : « tu vois, Yvan, les juifs sont toujours favorisés ».   Quel rapport avec le schmilblick?   Ces dernières semaines, la presse a longuement évoqué les problèmes et les crises provoquées aux quatre coins de la planète par le renchérissement du coût des matières premières. Nous avons été gâtés : retour de l’inflation, émeutes de la faim dans les pays du sud, rôle de la démographie, du niveau de vie dans les habitudes alimentaires,  incidence des agro carburants et de la spéculation sur les cours… Les analyses, les éditoriaux, les commentaires ont  gravement annoncé le retour de l’agriculture dans les priorités stratégiques. Nourrir le peuple est de nouveau d’actualité dans les pays riches. L’envolée du cours des céréales du riz et des produits de base frappe de plein fouet dans les pays pauvres les populations qui, en temps normal, connaissent déjà conditions d’existences difficiles. Ceux là, pour la plupart habitants les quartiers défavorisés des grandes villes d’Afrique, d’Asie, mais aussi d’Amérique Latine, sont descendus dans la rue pour manifester leur colère.   N’en déplaise à nos amis des médias, les manifestants sont les russes de la blague. Alors qui en sont les juifs ? Ceux qui vivent avec moins d’un euro par jour. Leur nombre est estimé par la FAO entre 1,2 et 1,5 milliard. Ils sont en sous alimentation chronique. Pas de quoi descendre dans la rue et courir devant les policiers ou les militaires. Manque de protéines. Pauvres des pauvres, ils ne sont pas concernés par l’évolution des cours des matières premières. Même quand ils sont au plus bas, leur revenu ne leur permet pas d’en acheter. Autant dire que le retour de l’inflation les chagrine moins que ne le souhaiteraient nos éminents économistes.    Avant de poursuivre, et afin de profiter pleinement de la suite, rappelons que, jusqu’au printemps 2007, les cours des céréales étaient bas. Cette tendance à la baisse durait depuis une bonne dizaine d’années. La situation était donc éminemment favorable au recul de la faim dans le monde. Or, depuis le premier sommet mondial de l’alimentation, loin d’avoir diminué, le nombre de ceux qui ont faim a augmenté de 37 millions. Ils sont 852 millions. Il faut ajouter à ce chiffre, les neuf millions qui meurent de faim tous les ans, soit 90 millions pour les dix dernières années. Les morts ont l’élégance de faire baisser les statistiques de la sous nutrition. Donc, en faisant une addition à la portée d’un économiste international, on arrive à 127 millions de crève la faim en plus. C’est moins grave que le retour de l’inflation, mais quand même. Soixante quinze pour cent de ceux qui ont faim sont des ruraux, paysans, ouvriers agricoles misérablement payés et leurs familles.  « Nous fabriquons tous les ans dans cette époque qui est la notre, où les prix agricoles sont particulièrement bas, des paysans pauvres et affamés à la vitesse de 10, 20, 30 , 40 , 50, millions tous les ans » résumait Marcel Mazoyer, professeur à l’Inra et ancien président du comité des programmes de la FAO, dans une communication prononcée en 2006 et dont on ne saurait trop conseiller la lecture. (1)   Curieusement, le traitement médiatique de cette crise a ignoré pour l’essentiel ce continent de la faim et ne l’a pas intégré dans la perspective générale de la question de l’alimentation. Notons au passage l’ironie de la situation des pauvres parmi les pauvres.  En temps normal, c’est à dire quand les cours sont bas, ils ne font pas la une. La faim, coco, ce n’est pas un sujet vendeur.  Quand  la remontée des cours réveille les consciences, le milliard d’estomacs vides est tout aussi absent des écrans et des couvertures [..]




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