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Les « locavores » : une espèce en voie d’apparition…

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Nos amis américains champions du monde du gaspillage, de la malbouffe bovétienne, de l’obésité, des sectes et des églises, jamais en reste de percées conceptuelles, aussi fulgurantes qu’inattendues, viennent de faire émerger après les carnivores et les omnivores une nouvelle espèce : les « locavores ». http://www.locavores.com/ Comme l’écrit Corinne Lesnes dans le Monde : « les membres de cette tribu ont fait vœu de ne manger que des produits locaux. Adieu café, riz, chocolat et huile d’olive : tout ce ni pas été produit, préparé et emballé dans un rayon de 160 Km est interdit dans les assiettes… »  http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/05/21/le-regime-locavore-delices-et-delires-par-corinne-lesnes_1047775_3232.html On relocalise donc tout achat de nourriture sur la base des fameux miles always : 1 mile = 1,6 km. C’est d’une simplicité désarmante, je n’ose écrire affligeante. Si l’égotisme absolu de nos sociétés dites postmodernes, gavées, globalisées, provoque ou accouche de telles réponses c’est que certains d’entre nous sont vraiment déboussolés, ou plus précisément n’ont plus qu’une seule boussole leur nombril. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Le plus grand chic fut d’être « carbon neutral »  (mot de l’année 2006 pour le New Oxford American Dictionary, « locavore » étant celui de 2007), en gros compenser toute émission indue de CO2 en plantant des arbres, peut apparaître séduisant, déculpabilisant pour l’urbain isolé, stressé par la tyrannie technologique, mais c’est scientifiquement hasardeux car personne n’est capable de prédire quand les dits arbres vont le relâcher ce foutu C02. Voilà aujourd’hui l’irruption du localisme alimentaire forme nouvelle, à front renversé, car les locavores ne produisent rien, ou presque (on signale un apiculteur qui a 15 ruches sur les toits de Manhattan), de l’autarcie des sociétés primitives, forme dévoyée du luxe de nantis, même si la compote de rutabagas ou la glace aux haricots ne sont pas à proprement parlé des produits de luxe. Que nous nous interrogions sur l’utilité de faire voyager en cargo la crevette pêchée et congelée par les bateaux écossais de Young’s Seafood dans la mer du Nord pour qu’elle aille se faire décortiquer à moindre frais en Thaïlande puis revenir en Écosse pour se faire conditionner en barquettes me semble relever du bon sens. 27000 km parcourus soit 900 tonnes de CO2 pour 600 tonnes de crevettes trimballées, c’est aberrant. Comme par ailleurs, ces braves crevettes décortiquées vont, dans de gros camions isothermes, gagner les plates-formes de distribution de Carrefour, Leclerc&Cie, pour être rééclatées vers les hypers où pleins de petits urbains ou de petits ruraux avec leurs petites autos iront les acheter pour les entasser dans leurs congélos, la plaisanterie coûte encore plus cher. Pour autant je ne demande pas de ressusciter les chasse-marées et leurs boulonnais (les boulonnais flatulent, donc CO2) pour ramener sur nos étals de poissonniers des belles crevettes bien fraîches, sitôt pêchées, sitôt achetées, sitôt consommées, mais convenez-en, tout ce gâchis, pour « économiser » le geste épuisant de décortiquer ces foutues crevettes à deux balles et pour pouvoir en bouffer en toute saison, confine à l’absurde. Le voyage des tomates produites à Almeria et errant dans la vaste Europe participent elles aussi, comme bien d’autres produits frais, à l’absurdité des modes de distribution, dits modernes. Tout aussi absurde est l’isolationnisme alimentaire des locavores car il ne peut constituer une alternative crédible aux dérives actuelles liées à des modes de distribution qui déconnectent la majorité des consommateurs du rythme des saisons et les amènent à acheter des produits de plus en plus préparés : par exemple des pommes pelées, prédécoupées en barquettes operculées. Ce type de comportement extrémiste de repus décrédibilise des actions de relocalisations des productions, de circuits courts, de réintroduction de gestes simples dans les cuisines, qui responsabilisent les consommateurs. De plus, il faudra m'expliquer comment le modèle est applicable aux habitants des mégapoles urbaines et comment cet "égoïsme" alimentaire prend en compte les produits solidaires et les producteurs de vanille, de bananes, ou autres denrées exotiques ? Exit ? Le simplisme des locavores fait dire à un journaliste « qu’il est plus écologique pour un New-Yorkais de boire du vin français qui arrive par bateau que du vin californien qui a traversé le pays en camion. »  À ce propos je me permets de rappeler que nos voisins britanniques avec le programme d’action déchets et ressources (WRAP) qui finance depuis 2006 un projet [..]






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