Source : Hervé Bizeul V.2
Bon, vous le saurez maintenant, j'adore Bill Murray. Aujourd'hui, pas de marmotte, c'était plutôt ambiance assis sur le lit, le regard perdu, dans Lost in translation. Pas plus de Scarlett Johansson que de marmotte, au fait ;-)
Voyage sans beaucoup dormir et c'est donc un longue, longue journée qui commence à Roissy, à passer du 2F au 2D à coup de navette, de train, d'escaliers roulants, de couloirs interminables... Je manque craquer. Une heure pour rejoindre mon vol pour Copenhague, tout le monde est à l'heure, c'est déjà ça. Je sommole et me casse la nuque pendant une heure. Mais tout le monde connait ça.
Arrivé à Copenhague, encore deux bons kilomètres de couloir, puis voiture, puis 15 minutes de douche (pas plus, s'il vous plait) et c'est repartie pour 3 heures de tasting destiné aux journalistes et restaurateurs danois. C'est trié sur le volet. Je bafouille, la mâchoire pendante, mâchant mes mots, comme si j’avais un gros coton dans la bouche. Un café, pitié. A 14h30, j'ai le droit à deux heures de pose à l'hôtel. Et là, je l'avoue, j'ai du mal à trouver mes repères. Depuis quand suis je parti ? Quel jour de la semaine somme nous ? Quand ais-je mangé pour la dernière fois ? Je ne sais plus vraiment. Je sombre dans un sommeil agité, en me réveillant toutes les 10 minutes de peur de ne pas le faire à l'heure, alors que mon réveil est mis. En descendant rejoindre le groupe pour un nouveau tasting, je dois avoir l'air d'un drogué et j’ai du mal à reconnaître certains vignerons. Home ! Home !
C’est le traditionnel weinfestivalt de notre importateur danois. Dans son entrepôt, à 50 km du centre ville, il fait une dégustation maintenant fameuse puisqu’on y vient depuis la Suède. Au milieu des rack et des palettes, nous préparons les vins. A l’heure pile, 500 personnes s’engouffrent, décidés à ne pas perdre une minute, car ils n’ont que deux heures pour tout goûter. Léonard Humbrecht, que j’ai plaisir à revoir et que j’ai averti du rythme incroyable et unique de la manifestation, prend la première vague d’amateurs de plein fouet et manque lâcher prise. Heureusement, une âme charitable lui vient en aide. A nous d’encaisser la seconde vague.
« Hello ! Number eighteen please » ! Les dégustateurs défilent, et vite. J’aime bien, quelque part, cette méthode à la Taras Boulba qui consiste à tout gouter et à ne suivre que son instinct. Beaucoup ne savent même pas où est le Roussillon. Qu’importe, après tout, s’ils aiment. J’apprend quelques phrases de Danois, en particulier « Oh, mon Dieu, que votre vin est bon. Je rêve d’en avoir à la maison ! ». En Danois, ça se dit « Hummmmmmm » ;-)
Deux heures pile après, c’est terminé. Certains font la queue, disciplinés, pour passer commande (une bonne heure !), d’autres se regroupent autour du « Cult Bar » où, à prix très bas, on peut s’offrir un verre d’Yquem, de Corton ou… de petite Sibérie. Une bonne idée.
Retour à l’hôtel, diner rapide et léger, entre vigneron. On se raconte donc des histoires de vignerons. Matériel. Personnel. Commercialisation. Espoir. Craintes. Réforme. Evolution du métier. D’où que nous venions, nos angoisses et nos espérances ne sont pas très différentes. On rit. Je suis tellement fatigué…
Samedi, retour à l’entrepôt. Tasting. Sandwich. 10 minutes dans l’herbe, au soleil, puis dernière ligne droite, trois heures intenses. Les vins sont vraiment bons. Entre chaque vin, pratiquement chaque dégustateur rince son verre à l’eau et croque une bouchée de pain. Bizarre. Je me demande bien qui leur a appris cette étrange coutume. Entre deux vignerons, pourquoi pas, mais entre deux vins de même couleur du même stand ? Vraiment étrange. Bon, ceci dit, c’est bien aussi de boire de l’eau quand on boit du vin. Parce qu’au niveau des particuliers, personne de recrache, au Danemark ;-) Le Clos des Fées « Hervé Bizeul », comme on l’appelle ici, est au top, après 30 minutes de carafe. Une explosion de fruit qui arrache surprise et émotions et me vaut clins d’œil, remerciements, voire félicitations. C’est toujours agréable, les caresses psychologiques ;-) Une bonne cinquantaine de personnes reviennent, à la fin de la dégustation, pour prendre un dernier verre de Clos des Fées, dont ils veulent garder un souvenir pendant leur retour. Quel meilleur compliment pour un vigneron, quand on y pense. Donner du plaisir, continuer sur la voie du fruit, voilà ce à quoi je doit continuer à m’astreindre. Quand au reste…
Voilà, c’est fini. 15 minutes de marche dans les rues de la ville, il est 18 heures et tous les magasins sont fermés. Heureusement, ma valise est déjà pleine de cadeaux. Diner de gala, retour à l’hôtel, le jetlag me prend de plein fouet et m’empêche de dormir avant… 2h30 alors que je dois me lever à 5 heures pour tenter d’attraper le premier avion.
Du salon d’Air France d’où je met en ligne ce dernier post, je suis dans un état bizarre, mêlant fatigue, excitation de rentrer, joie d’avoir terminé. J’ai tenu le challenge que je m’étais fixé, celui d’écrire un billet depuis chaque étape. Etais-ce intéressant ? Cela permet-il de mieux comprendre la vie d’un vigneron émergeant en l’an de grâce 2008 ? Merci, à l’occasion, de me le dire.
Ce soir, famille. A fond. Demain, short, basket et matinée de travaux en vert.
Il est temps de revenir à la source.
P.S. : pendant mon absence, mon fils a réussit à faire du vélo sans ces roulettes. Il est fier. Moi aussi. Mais je n’étais pas là. Comment dit-on, en anglais : « le jeu en valait-il la chandelle ? »
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