Source : Vin&Cie l'espace de liberté
Quel grand plaisir pour moi de découvrir, comme ça, dans ma messagerie électronique, un mot d'encouragement, de sympathie, pour ma petite besogne quotidienne sur Vin&Cie, déposé par Jean-Michel Cazes. Il rentrait de voyage et pourtant il trouvait le temps de l'urbanité, ce petit rien qui entretient les liens entre les hommes. La Toile, que l'on qualifie trop souvent de tentaculaire et d'anonyme est, si on le veut bien, si on prend le temps, un merveilleux moyen de retrouver le goût de la correspondance. Vous comprendrez donc ma joie d'accueillir ce matin Jean-Michel Cazes sur mon espace de liberté. Je le remercie d'avoir pris sur son précieux temps pour me répondre. Que voulez-vous chers abonnés, chers lecteurs, vous êtes des privilégiés ce qui ne devrait pas vous empêcher de transmettre l'adresse de mon blog www.berthomeau.com à vos amis, connaissances ou partenaires. C'est pour la bonne cause : celle du vin. Bonne lecture. 1ière Question : Jean-Michel Cazes bonjour, vous êtes de ces hommes curieux de tout qui vont de l’avant, défriche, déniche, un grand voyageur, un infatigable bâtisseur, un ambassadeur apprécié du vin, pour moi l’exemple même de ce que doit être la french attitude dans la plus en plus vaste planète mondiale du vin. Vous qui êtes présent, en Australie, au Portugal, mais aussi à la Livinière en Minervois, et récemment dans l’emblématique Chateauneuf-du-Pape avec le domaine des Sénéchaux, dites-nous comment vous appréhendez les années à venir face aux nouveaux eldorados : Russie, Chine, Inde… D’après vous, est-ce que la France du vin s’est mise, ces dernières années, en ordre de marche pour répondre à la fois aux défis de ses grands concurrents et à la croissance des nouveaux marchés ? Réponse de Jean-Michel Cazes : Grâce à l’adoption de la loi d’orientation agricole et à la volonté de beaucoup de viticulteurs de mieux maîtriser la qualité des produits, un certain nombre de mesures ont été prises pour rationaliser l’organisation de la profession, en particulier sur la plan de la représentativité et de la réglementation. Malgré tout, je pense que l’aspect économique des problèmes, de même que l’action commerciale n’ont pas été suffisamment pris en compte. Les textes et procédures que je vois naître en ce moment reflètent à mon goût une vision encore trop administrative des problèmes. La bureaucratie n’a pas dit son dernier mot et nous ne sommes pas suffisamment à l’écoute des marchés. (1)2ième Question : Revenons à votre région d’origine Jean-Michel Cazes, vous êtes le grand maître de la Commanderie du Bontemps, ordonnateur de la fête de la Fleur, donc une voix qui compte sur la place de Bordeaux. Pour mes lecteurs, qui ne sont pas tous des professionnels du vin, pouvez-vous nous décrypter le mystère bordelais où ces dernières années voisinaient la saga des grands crus, de belles réussites individuelles, et un mouvement de la base vigneronne proche de la jacquerie ? Aujourd’hui assistons-nous à une simple embellie ou est-ce que les leçons de la crise ont été tirées par les hommes en charges des organisations professionnelles ? Réponse de Jean-Michel Cazes : Au cours des derniers 15 ans, le marché du vin a connu une évolution importante, qui s’est accentuée fortement ces toutes dernières années. Tous, nous avons eu à affronter une concurrence, restée discrète jusque là, mais qui a déboulé depuis 10ans sur les marchés mondiaux en attaquant des positions anciennes que certains croyaient à tort acquises pour toujours. Dans le même temps, les marchés eux-mêmes ont changé, certains atteignant la maturité alors que d’autres, inconnus de nous encore il y a peu, s’ouvraient à la culture du vin. Il faut ajouter que le profil de notre clientèle n’est plus non plus le même : plus jeune, plus cosmopolite, plus riche aussi parfois, elle est surtout mieux informée et plus exigeante. Le résultat de ces changements profonds est tout simplement que la production s’est fractionnée en grands pans qui n’ont pas tous la même réussite commerciale, voire la même résilience. Il y a, bien sûr, le clivage qualitatif. Il faut produire des vins de qualité, et c’est possible à Bordeaux à peu près partout. C’est une question d’état d’esprit et d’éducation. Mais cette distinction est loin d’être la seule : de plus en plus, les marchés récompensent, à travers les appellations et les classements (et souvent sans en tenir compte), ceux qui, à leur ambition de faire du bon vin, ajoutent la préoccupation de leur propre distribution. Car la véritable frontière est là : on ne peut plus aujourd’hui se désintéresser du devenir de son produit, aussi bon soit-il. Et Bordeaux présente nombre d’exemples de réussite dans ce domaine, qu’il s’agisse de grands crus ou de vignobles modestes. Je suis convaincu que c’est en suivant cette voie que les choses s’amélioreront durablement. Alors, embellie ou réussite collective durable ? Je pense qu’il y a aujourd’hui un peu des deux. Mais Bordeaux possède des atouts considérables, de diverses natures, que la planète viticole lui envie. Notre passé est formidable et constitue une base de travail exceptionnelle. Notre avenir dépendra de notre capacité à sortir de notre cercle, comprendre les mécanismes du marché du vin au XXIème siècle et à nous adapter à eux. Je pense que beaucoup de vignerons et certains responsables professionnels ont compris quelle était la bonne direction. Souhaitons qu’ils fassent école et soient de plus en plus nombreux. [..]



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