Source : Vin&Cie l'espace de liberté
Du pur jus vendéen, à lire avec attention pour comprendre l'idéologie de la terre qui elle ne ment pas, des
principes fondateurs de la Corporation paysanne et de l'opposition entretenue entre la France rurale berceau des valeurs du pays et la France urbaine creuset de toutes les dérives et de tous les
débordements...
Pareille à toutes les autres, c'est un petit royaume que la ferme du Breuil *. Une fois l'an, le maître, qui habite Nantes, vient la visiter, et on l'y reçoit
comme un prince.
Il a annoncé son arrivée pour ce jour même.
Le fermier Pierre est allé le chercher à la gare, avec sa jument poulinière, lourde ventrue, dont les flancs débordent les brancards, un peu poussive, mais à laquelle on fait les crins
pour la circonstance. Pendant ce temps ses fils étrilllent les bêtes, refont les litières, raclent la boue autour des toits *. La fermière, dans la belle chambre, a déplié trois nappes et choisi
la plus fine. Elle ne dresse que deux couverts : celui du maître et celui du fermier. Les autres mangeront à la cuisine.
Le roi et son ministre sont à table. Au rois seul on a donné une serviette. Le fermier s'excuse à propos de chaque plat que les ménagères apportent. " On voudrait faire mieux... mais on ne
sait pas... Ce n'est pas la bonne volonté qui manque..." Il invite, à petits coups d'arguments nets, incisifs, le maître à se servir "convenablement", à boire davantage. Il veille que son verre
soit toujours rempli jusqu'au bord. Il a l'oeil attentif d'un échanson au dossier d'une chaise haute. Le maître, qui connaît les usages, n'a pas voulu être en reste avec son fermier. Il se lève,
ouvre son sac qu'il a déposé sur le lit des filles, et en retire deux bouteilles aux cachets piqués.
- Pierre, c'est celui que tu préfères, quand tu viens me voir.
L'homme se récrie : c'est trop de bonté.
Avant de le prendre, sa main dessine autour du verre rempli des gestes flatteurs. Puis il le saisit comme une petite chose fragile et précieuse que l'on caresse, et boit avec
recueillement. Quand il a bu, son admiration se traduit par une mimique expressive, des mots d'une telle saveur paysanne qu'on déboucherait une bouteille rien que pour le plaisir de les
entendre.
Qu'on ne s'y trompe pas, d'ailleurs, ni l'un ni l'autre n'a perdu de vue son intérêt. Mais nous sommes dans un royaume et tout débat est précédé de gestes de courtoisie, de vieilles
formules de politesse. On a bien, entre deux bouchées, fait quelques allusions qui trahissent les pensées secrètes, mais sans appuyer, discrètement, - simple touche pour prendre le ton.
Mais voilà que le repas s'achève. Le maître a allumé une cigarette. C'est l'heure du placet. Le fermier s'est tassé sur sa chaise, le dos rond, les coudes sur la table. Ses appuis sont
fermes. On sent qu'il peut tenir là, une soirée durant, à soutenir son point de vue. Il a plusieurs demandes à formuler. Il voudrait, d'abord, qu'on remplaçât les deux petits portails de l'étable
et le râtelier des génisses. Il voudrait aussi qu'on lui permît d'arracher un buisson inutile, là-bas, à mi-côteau, pour faciliter la culture dans les deux champs limitrophes. Un nouveau puits
rendrait de grands services - l'ancien est presque inutilisable. Il sait bien qu'il ne l'obtiendra pas - le prix du fermage ne suffirait pas à toutes les dépenses - mais peut-être en
amorcera-t-il l'idée pour l'année prochaine, et le refus du maître sur ce point le rendra plus conciliant sur le reste.
Cela commence de loin, comme la plaidoirie de l'Intimé, mais sans drôlerie, sans excès. La harangue coule de phrase en phrase avec un naturel, une bonhommie où la ruse a caché tous ses
ongles. Il parle de l'ancien maître et de son père à lui, qui n'ont "jamais eu ça ensemble" ; des bonnes et des mauvaises récoltes ; du bois qui n'est pas cher cette année ; des ouvriers du
pays, avantageux à l'ouvrage. Il va d'un sujet à l'autre sans jamais perdre le fil qui le dirige, abandonne celui-ci pour revenir à celui-là, et tour à tour conte avec aisance ou simule de
l'embarras, pour aboutir enfin à la demande de ses portails et de son râtelier.
- Allons les voir.
Le maître s'est levé sans rien promettre. On entre dans l'étable murmurante du doux bruit des mâchoires. On s'arrête devant chaque animal. Un coup de pied sur la fesse et la bête se lève,
s'étire, remontant son dos en bosse de dromadaire.
- Attention, le maître ! ils sont peu polis à leur réveillée.
La bouse tombe et éclabousse (...)
Jean Yole - Le Malaise Paysan La Nef 1929 réédité en 1943
* " nous sommes en Vendée, sur le versant sud-ouest de la Gâtine, pays aux ondulations molles, au charme humble et discret, mais auquel son histoire donne de l'accent."
* des toits au sens de toit à cochon ou tout autre animal...
* cachets de cire
Jean Yole
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Léopold Robert, dit Jean Yole, écrivain et homme politique français.
Né à Soullans (Vendée) le 7 septembre 1878, mort à Vendrennes (Vendée) le 2 novembre 1956.
Médecin, se revendiquant comme catholique et traditionnaliste, il a été maire de Vendrennes de 1933 à 1945 et sénateur (conservateur) de la Vendée en 1936.
Il vote les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain le 10
juillet 1940. Nommé membre du Conseil National institué en 1941 par le Maréchal Pétain pour remplacer le Parlement et pour le conseiller, et membre du Conseil
départemental remplaçant le Conseil général, il adhère pleinement à l'idéologie de la Révolution nationale. Il est déclaré inéligible par un jury d'honneur après la Libération.
Écrivain de la terre et chantre de l'éternel paysan, il a surtout traité dans ses romans, ses pièces de théâtre et ses essais, de la Vendée et des problèmes sociaux d'un monde rural affecté par des
mutations venant bouleverser l'ordre ancien de la société traditionnelle. Originaire du marais breton, il a utilisé comme nom de plume un emblème de ce pays, la yole, qui est une petite embarcation.
Léopold Robert Jean-Yole fut élu membre de l'Académie d'agriculture en 1948
Devinez lequel des deux est Jean Yole ?
Source : “Wines of World” Some say the world will end in fire, some say in ice” Robert FROST (1874-1963)
Pour Davis Elswood, directeur international du département vins de Christie’s, 2007 a été l’année des records. Pour Idealwine et Sotheby’s de la même façon. Lors de la vente aux enchères des Hospices de Beaune, en novembre 2007, une pièce de bâtard-montrachet, cuvée Dames de Flandres, est partie pour 55 400 euros [..]
Source : Vin&Cie l'espace de liberté
Du moins c'est ce qu'écrivait le doyen de l'époque : Yvan Audouard, dans le numéro spécial : "L'archipel du goulot" : L'alcool à
tous les degrés, en avril 1991, en répondant à une question provocatrice en diable : " Et, au "Canard", on boit de la limonade, peut-être ? " Dans ces années là j'étais DirCab et, invité par
mon correspondant au "Canard", Hervé Liffran, une fois l'an, pour partager avec lui le pain et le sel, j'ai pu constater que notre divin nectar était à l'honneur. Quand est-il aujourd'hui ? C'est
la question que je me pose depuis que je chronique sur Vin&Cie. La nouvelle génération est-elle plutôt tendance "dionysiaque" ou plutôt
tendance "apollinienne" ? Je ne sais. Pour le savoir j'ai lancé il y a quelques semaines une bouteille dans la mare au "Canard" pour leur
demander de répondre à mes questions dans mon petit espace de liberté. Sans résultat, pour l'heure le volatile ne répond pas. Serait-il atteint par la vague des interdits ? J'en doute, mais
comme je ne vais pas poser, comme au temps de Ponia, des micros dans leurs locaux - aujourd'hui se serait plutôt de la vidéo - dans l'attente d'une hypothétique réponse il ne me reste plus qu'à
m'en tenir à la jurisprudence Audouard : "Au Canard, on ne boit, on se désaltère..." et, comme dit l'adage qui ne dit mot consent, sauf à ce que je
reçoive un pan sur le bec je n'en démordrai pas. En conséquence de quoi je vous offre ce matin des morceaux choisis de la prose d'Yvan Audouard.
" Nous habitions à l'époque rue des Petits-Pères, "Nous",
c'est-à-dire "Le Canard". Je me trouvai exceptionnellement seul dans la salle à manger qui nous tenait lieu de salle de rédaction. Treno, le directeur d'alors, entre et s'étonne de ma solitude
:
- Où sont les
copains ? …
C’est mon tour de me sentir étonné :
- Au bistro, bien sûr…
Alors j’ai vu dans son regard une lueur de désespoir et même une certaine détresse :
- Tous… !
Bien que tout petit buveur lui-même, il pratiquait à notre égard une méritoire tolérance et son inquiétude d’ailleurs se dissipa
aussitôt. Il savait, après trente ans d’exercice, que le journal continuait de se faire à « l’annexe », c’est-à-dire au comptoir du Vieux Saumur. Il lui arrivait même de trinquer avec
nous.
Car il faut qu’on le sache et qu’on le répète « urbi et orbi » : au « Canard » on ne BOIT pas, on
TRINQUE.
Importante distinction, qui fit dire un jour à Prévert :
- Il y a des gens qui me prennent pour un ivrogne. Pourtant ils ne m’ont jamais vu boire seul ! …
Pour ramasser ma pensée en une formule lapidaire, je dirai simplement : « Les bons comptoirs font les bons
amis. »
Nos lecteurs ne s’y trompent pas : ils lisent « le Canard » comme on boit un coup avec un ami. Et quand la cuvée
n’est pas réussie, ils n’hésitent pas à nous engueuler et à nous dire avec un franc-parler sans indulgence :
- Tu n’étais pas dans ton état normal quand tu as écrit cette connerie…
« Il y a quelques années notre confrère Jean Egen avait écrit un livre intitulé « Messieurs du « Canard ».
Je passe sur les éloges dont il nous avait accablés (simplement parce que je les trouve amplement mérités), mais je retiens de son remarquable ouvrage la distinction essentielle qu’il a établie
entre les « apolliniens » et les « dionysiaques ». Ou, pour dire les choses plus simplement, entre les buveurs d’eau et les autres. Ou encore, pour employer le vocabulaire de la
profession, entre les journalistes d’investigation et les « chroniqueurs ».
Et, Audouard d’écrire que le premier se doit d’être « pur comme le cristal » aussi bien pendant qu’il fait son enquête
qu’au moment où il la rédige, alors que le chroniqueur, homme d’humeur, peu bien évidemment le faire à jeun, mais comme il se dévoile en même temps qu’il révèle ce que la vérité brute dissimule,
rien ne lui interdit d’aller aussi la chercher au fond des verres. Autre temps, autres mœurs, au « Canard » de ce temps-là on trempait sa
plume dans le Juliénas pour lui donner de la fantaisie et de l’espièglerie, comme l’écrit Audouard « ce fragile dosage entre la raison et le désir contrôlé, cette acrobatie permanente où les
cabrioles des uns soulignent la solidité de l’ensemble, qui font du « Canard » le plus sérieux des journaux ». Certains esprits bien
pensants vont m’accuser, et peut-être me faire condamner, pour incitation à une consommation excessive. Peu me chaut, je me refuse à l’apposition hypocrite du sacro-saint conseil de modération et
comme le disait le très sérieux Paul Valéry « Ô récompense après une pensée qu’un bon canon à la gloire des
dieux ! »
En complément de la chronique de Paul Bats du 30 avril : "sans faim" vous pouvez lire l'interview d'Edgar Pisani : "
Le monde peut-il nourrir le monde ? Sans doute pas !" colonne de gauche du blog sous la rubrique : Pages .
Source : Vin&Cie l'espace de liberté
Le Gustave, l’œil vitreux, teint cireux, barbe de deux jours, s’affalait sur la banquette de skaï en baillant.
Son haleine fétide m’environnait, tel le fumet s’exhalant d’une lunette de chiottes à l’ancienne. Avachi, il se grattait les roustons avec un plaisir non dissimulé puis, sortant son canif, il
curait ses ongles avec des mimiques satisfaites. Ça devait lui tenir lieu de toilette matinale car, sans se soucier de ma présence, il se grattait ensuite les oreilles avec une allumette pour
terminer enfin par un ramonage de ses crottes de nez qu’il enfournait avec délice dans sa bouche après les avoir contemplé d’un air extatique. Face à ce spectacle peu ragoûtant, le garçon,
restait de marbre ; il faut dire qu’il se posait en concurrent sérieux du Gustave pour ce qui est de la craderie matinale : ses effluves de pisse rance, sa gueule de vieux rapace
déplumé couvert d’une neige de pellicules, ses pognes incrustées d’une crasse néolithique, dénotaient un sujet plein d’avenir en ce domaine. Bien évidemment, Gustave se commandait un bock de
bière agrémenté d’une Francfort frites. Minimaliste, je me contentais d’un simple petit noir. Nous restâmes silencieux jusqu’à l’arrivée de sa pitance. D’un trait, le Gustave se sifflait la
moitié du bock, claquait de la langue, rotait, puis tout en plongeant ses gros doigts dans la bouffe huileuse, il embrayait.
« Les frelons sont d’accord. Faut dire que je pétais le feu pour leur vendre ma soupe pas fraîche. Tu ne
peux pas t’imaginer ce qu’une petite salope de négresse peut te soulager les glandes. Pompeuse à t’assécher en une passe. Goulue, avec des nibards pires que des obus de 75, elle m’a fait brailler
pire qu’un goret. Quand on dit que les nègres sont des feignasses, c’est vrai, ce sont leurs gonzesses qui s’tapent le boulot. Ça m’a changé de la grosse Denise avec sa bidoche molle et ses
outres pendouillantes. Bref, quand je suis sorti, essoré, je me sentais gai comme un jeune homme alors les têtes d’œufs avec leurs bites en rideau ils ont eu droit à ce que je sais faire de
mieux : raconter des craques… » Satisfait, l’enflure se torchait la bouche du revers de sa main souillée, en quêtant des yeux mon approbation. Mon indifférence ostensible refroidissait
son enthousiasme : « si je te fais chier faut me le dire ?
– Tu pues, t’es con et tu
m’emmerdes…
– Vas-y mollo pti con sinon...
– Sinon quoi la balance, ici c’est
boulot-boulot, tes histoires de cul j’en ai rien à traire, compris. Tu me dis comment je dois prendre contact avec les fêlés de la GP et tu me débarrasses de ta sale tronche. Elle me donne envie
de gerber.
– Tu me le paieras…
– Je ne te paierai rien Gustave. Je suis flic
et je peux t’écraser comme la mouche à merde que tu es, alors rengaine tes menaces et accouches…
Gustave, en bon faux-derche, virait brutalement à 180°, se faisait tout miel. M’assurait que ce n’était pas ce
qu’il voulait dire, qu’il comprenait qu’un beau mec comme moi se foute de ses cochonneries avec des putes, qu’il ferait tout pour me faciliter le sale boulot. Loin d’attraper la perche qu’il me
tendait je lui enfonçais plus encore la tête dans sa merde : « Porcheron, je sais que tu palpes des RG pour te payer un bistro alors fais gaffe que tes potes de Denain n’apprennent
pas d’où te viens l’oseille. Ça ne serait pas bon pour ta clientèle qu’on sache que t’es une balance. À partir de maintenant tu m’évites le spectacle que je contemple et tu te cantonnes à parler
de ce que pourquoi tu es payé. Compris ! » Il acquiesçait tout en raclant jusqu’à la dernière frite et en se commandant un nouveau bock. « T’as rendez-vous mardi soir, disons à
neuf heures, à « Base-Grand » avec Antoine et Tarzan : c’est leur nom de code tout comme « Base-Grand » qu’est celui du lycée Louis-le-Grand rue St Jacques. Je n’ai pas
eu grand mal à vendre ta candidature vu que t’es pour eux ce qu’ils appellent un représentant des larges masses : un ouvrier prêt à troquer sa clé à molettes pour un fusil quoi. Bien sûr,
ils ont référé au guide, le leader suprême qui vit dans son camp retranché, Pierre-Victor, qui a du comme c’est son habitude les traiter en petites larves et leur dire que ça leur ferait du bien
de se frotter à la réalité d’un vrai prolétaire. Tu te pointes là-bas, tout sera prévu pour t’accueillir avec les honneurs du à ton rang. Y sont cons à manger du foin faudra pas que t’es peur de
les humilier : ils adorent ça se la faire mettre jusqu’au trognon… »
En complément de la chronique de Paul Bats du 30 avril : "sans faim" vous pouvez lire l'interview d'Edgar Pisani : " Le
monde peut-il nourrir le monde ? Sans doute pas !" colonne de gauche du blog sous la rubrique : Pages .
Source : Vin&Cie l'espace de liberté
Dans son Essai des merveilles de Nature, et des plus nobles artifices (1627), le jésuite Etienne Binet * dresse cet inventaire hétéroclite des "façons de vin" :
- Vin aigre pour éveiller et ouvrir l'appétit ;
- Vin dur et âpre pour étancher son altération et piquer la langue en passant ;
- Vin rebelle ou revêche, et qui donne en tête jetant de grosses fumées, et des nuées au cerveau ;
- Vin de garde pour l'arrière-saison ;
- Vin aussitôt fait, se veut boire, et toujours est en sa boîte ;
- Vin qui se passe, et s'enfuit ;
- Muscat qui est du musc liquide ;
- Hypocras, c'est-à-dire, vin sucré et cannellé, miellé, myrrhé, qui sent le fenouil, le myrte ;
- Le Nectar fait de moût et de miel ;
- [Vin] doux, piquant, rude, qui a sa sève (car chaque Vin a sa sève, et son goût à part), blanc, clairet, paillé, rouge, chargé de couleur, jaunâtre et à goutte d'or, d'Arbois, de couleur d'eau
;
- Vin fait sous le pied ou mère-goutte, c'est-à-dire, qui coule de soi et se fait du pur dégoût de raisins non foulés, c'est la crème du Vin.
- Merra gutta fait de marc, des premiers raisins foulés, sans fouler, qui est le vin forcé ou enragé ;
- Vin brûlé et ardent ;
- Vin bouilli, non bouilli, cuit, moisi, tourné, retourné, trépassé, ressucité en le jetant sur la grappe ;
- Vin de dépense, des clercs, des valets ;
- Vinot et demi Vin, Vin de pressurage ;
- Vin bourru (c'est-à-dire, louche,et trouble et obscur)
- [Vin] mixtionné, renouvelé, fleuri, de collines, qui est plein d'esprit et de vigueur, de plaine, qui est plus grossier ;
- Vin de grave et de sable, de pierres et de rochers, de treilles et d'arbres, choisi à la main et fait de raisins d'élite et d'achoison ;
- Malvoisie de Grèce, douce piquante ;
- Vin bien rassi et reposé.
* Les Goncourt dans la préface du 1er tome des Portraits Intimes du XVIIIe siècle datée du 30 octobre 1856 écrivent : " quelle résurection - la lettre autographe - ce silence qui dit tout ! "
Ils avaient emprunté la formule "ce silence qui dit tout" au révérend Père Etienne Binet, un Jésuite né en 1569, mort en 1639, et l'avait trouvé dans Essay des merveilles de Nature, et des
plus nobles artifices. Eux-mêmes avaient noté référence et citation dans leur Journal avant d'écrire cette préface.
Ce livre publié pour la première fois en 1621, fut réédité neuf fois(jusqu'en 1632) du vivant de l'auteur, puis encore après sa mort. Il paraît avec pour nom d'auteur un pseudonyme : rené
François. René comme re-né, qui serait la traduction française de Bi-net, en latin : Bis-natus. François, autant dire Français, qui pourrait être une mise envaleur de la nationalité
(comme on ne le disait pas encore) française d'un jésuite, dont il fallait souligner qu'il n'était ni espagnol, ni surtout italien.
Si vous êtes bibliophile allez sur ce site pour y découvrir un exemplaire original de cette oeuvre de François Binet :
http://www.ilab.org/db/detail.php?booknr=334757162
Source : Vin&Cie l'espace de liberté
Le principe de cette nouvelle rubrique de Vin&Cie l'espace de liberté Bistro philo est connu : un soir, autour
d'un verre dans un bistro du quartier des gens se rassemblent pour philosopher, échanger, converser...se retouver... Nous qui sommes sur la Toile, isolés, avons bien du mal à engager le dialogue
: pas le temps, pas envie, je ne sais... Alors, ici, avant de jeter en pâture quelques pensées, des philippiques ou des aphorismes, des faits glanés, je poserai sur notre table virtuelle
la bouteille du jour, celle en rapport avec le thème du jour. Ensuite, ce sera à vous de vous jeter à l'eau, si je puis
m'exprimer ainsi, de rebondir, ... Bien évidemment, les citations ci-dessous n'engagent que leurs auteurs et ne préjugent en rien des opinions du rédacteur des chroniques.
Aujourd'hui, puisque nos sources sont hispaniques, je vous propose d'ouvrir une bouteille d'un vin de La Mancha, une dénomination d'origine 100% Tempranillo, un 2006 baptisé MANO A MANO
La classe moyenne : cette merde universelle
« … Nos Sancho Pança sont notaires, curés, marchands, ducs. Il n’y a pas d’artistes parmi eux, ni de paysans. Ils feront en sorte que la beauté devienne
une insulte, l’intelligence un crime, l’amour un péché. Dans dix ans au plus tard, nous serons submergés par les classes moyennes, cette merde universelle. Chez nous, ce sera la fin du peuple
et des chefs coutumiers. Le temps des bêtes à double face qui mordent la main de leur maître. La fin de toute grandeur. L’agonie des dernières espérances. »
José-Luis de Villalonga, Fiesta (1971)
Les privilégiés de l'esprit...
“ Les réalités les plus substantielles, seul un petit nombre d’hommes réussit à les entrevoir. Si cela vous irrite, pendez publiquement ces privilégiés, mais
ne dites pas que la réalité vraie est la vôtre et que nous sommes tous égaux. Pendez-les loyalement après avoir déclaré que vous le faites parce qu’ils sont meilleurs que
vous. »
José Ortega y Gasset
Les copains d'abord...
« La légende raconte (j’ignore si c’est vrai) qu’après avoir couché avec la plus belle femme du monde, la pulpeuse et sculpturale Ava Gardner, il s’est précité hors de la couche pour se
rhabiller au plus vite. Pendant qu’il arrangeait son nœud de cravate, la comtesse aux pieds nus lui demanda, perplexe : « Peut-on savoir où tu vas ? » Question à
laquelle le matador répondit avec un sans-gêne désarmant : « Où je vais ? Mais tout raconter aux copains. »
Juan Manuel de Prada, ABC, Madrid à propos de Luis Miguel Dominguin
Source : Vin&Cie l'espace de liberté
Mon père Arsène Berthomeau, entrepreneur de travaux agricoles et de battages au Bourg Pailler de la Mothe-Achard, à ses débuts
était associé pour le battage avec Marius Boucard de St Georges de Pointindoux. Parfois j'accompagnais mon père chez les Boucard. Ils habitaient une grande bâtisse dans le bourg. La salle à
manger, où l'on nous recevait, était sombre et, occupant presque tout un pan de mur trônait un imposant buffet Henri II. Aller chez les Boucard me plongeait dans des sentiments
mêlés : on me faisait boire du thé et je détestais le goût apre de ce breuvage ; le père Jules, le père de Marius, qui chiquait, ce qui donnait à sa moustache une allure de ballet de
chiotte, ressemblait à une vieille chouette et me faisait peur ; Marius, lui, me faisait penser à Judas Iscariote et il me mettait mal à l'aise ; enfin, mon imagination, déjà débridée par mes
lectures romanesques, me voyait bâtir des récits où, derrière les mystérieuses portes du buffet Henri II se cachaient de lourds secrets. Je me la jouais maison hantée ce qui me valait au retour -
étant un grand somnambule - des sommeils agités qui étonnaient toujours la maisonnée. Pourtant, à chaque fois que mon père me le proposait, sans hésiter je le suivais. La raison, outre que
j'adorais et que j'adore toujours les lieux incertains, c'est que chez les Boucard, du ventre du fameux buffet Henri II, au lieu de la traditionnelle bouteille de goutte, la femme du père
Jules, dont j'ai oublié le prénom, retirait un flacon à liqueurs qui me fascinait. Comme je devais avoir 7 ou 8 ans je carburais à l'orangeade ou à la limonade, pour moi les liqueurs avaient les
couleurs du péché
'
Comme vous le voyez sur la photo, le flacon avait une forme de pompe à essence de luxe avec son piètement
et ses bouchons dorés - pour faire genre cultivé je pourrais écrire qu'il avait des allures Hoppériennes (d'Edward Hopper le peintre) - et il contenait 4 sortes de liqueurs aux couleurs pétantes
: jaune orangé ce devait être de l'abricotine, vert menthe pour la liqueur du même nom, bleu de lagon pour celle à base de Curaçao et enfin le gris argenté du Triple Sec. www.garnier-liqueurs.com
Dans mon souvenir cette dernière appellation devait cingler les gosiers comme la cravache d'un cavalier et elle
équivalait en force à l'un des breuvages favoris de l'inénarrable Capitaine Haddock qui serait, de nos jours hygiénistes, censuré dans une publication destinée à la jeunesse pour
apologie de l'ivrognerie, mille millions de mille sabords. Dans sa définition la plus courante le Triple Sec est une liqueur blanche à base d'orange, d'eau-de-vie et de sucre. Le
triple sec et le Curaçao sont synonymes. A noter cependant qu'au Canada, les triples secs sont toujours transparents et les curaçaos colorés (ambrés, oranges, bleus, verts, etc.)
Le buffet Henri II
" Il fut pourtant, jusqu'aux années 1950, l'orgueil des modestes. En chêne ou en noyer, il était au-dessus de vos moyens
pour un prix raisonnable. On pouvait le payer à tempérament et, pour qui ne disposait pas de moulures à la maison, de corniches ni d'atlantes pour soutenir son balcon, ni même de balcon, il était
une façon d'avoir chez soi un morceau d'architecture. avec ses étages, ses pilastres et ses ornements, c'était un plus-que-buffet. Un château d'intérieur. Qui surplombait tout et sur quoi on
avait de partout un point de vue.
Les enfants l'amadouaient en promenant leurs doigts sur des reliefs encaustiqués à la cire Abeille et finis au chamois. Les plus belles pièces arboraient des dragons, des lévriers et, le jackpot,
des femmes nues. Une haleine rance s'échappait des tiroirs quand on sortait, pas souvent, les ménagères. Les portes avaient des clés. Elles crissaient en s'ouvrant comme à la tour de Londres.
Elles abritaient le service de pas tous les jours. Celui qu'on avait reçu à son mariage, et qui ferait l'ornement de celui des enfants. Noces, communions, anniversaires, le Henri II les
présidait, grand seigneur. Lui-même était une sorte de pièce montée.
C'est le meuble des familles comme on dit du colin ou du vol-au-vent (...)
Puis les gens ne se retinrent plus d'être modernes. Ils allèrent vers le lisse. Le scandinave. Aidés de quelques travailleurs de force triés sur le volet, ils se débarassèrent du Henri II.
Celui-ci ne laissa pas seulemnet une tache claire sur le mur, il fit en partant entrer le jour dans la pièce. Le soleil était une idée neuve dans les appartements."
Extraits de l'excellent livre d'Alain Schifres INVENTAIRE CURIEUX DES CHOSES DE LA
FRANCE édité chez PLON
Source : “Wines of World” « - Que pensez-vous des Chinois ? – Je ne sais pas, je ne les connais pas tous. » Paul CLAUDEL (1868-1955)
Pays le plus peuplé au monde, la Chine devait être un puissant facteur de croissance pour l’industrie viti-vinicole. Depuis l’ouverture économique sur l’extérieur (en 1978) le taux de croissance annuel moyen a dépassé 9 % durant les trente dernières années [..]
Source : Vin&Cie l'espace de liberté
La lecture de la presse sur l’explosion du prix des denrées alimentaires fait penser
à cette blague d’avant la chute du communisme. On est à Moscou, il neige, il fait froid. Devant le magasin d’Etat une longue queue patiente depuis des heures dans l’espoir d’acheter des pommes de
terre. La porte s’ouvre et une voix annonce, « aujourd’hui pas de pommes de terre pour les juifs ». Quelques silhouettes d’éloignent.
Des heures et des heures passent, la nuit tombe, glaciale. La porte s’ouvre à nouveau, et la même voix annonce : « aujourd’hui pas de pommes de
terre ». Alors Dimitri se penche vers son fils et lui dit : « tu vois, Yvan, les juifs sont toujours
favorisés ».
Quel rapport avec le schmilblick?
Ces dernières semaines, la presse a longuement évoqué les problèmes et les crises provoquées aux quatre coins de
la planète par le renchérissement du coût des matières premières. Nous avons été gâtés : retour de l’inflation, émeutes de la faim dans les pays du sud, rôle de la démographie, du niveau de
vie dans les habitudes alimentaires, incidence des agro carburants et de la spéculation sur les cours… Les analyses, les éditoriaux, les commentaires
ont gravement annoncé le retour de l’agriculture dans les priorités stratégiques. Nourrir le peuple est de nouveau d’actualité dans les pays riches.
L’envolée du cours des céréales du riz et des produits de base frappe de plein fouet dans les pays pauvres les populations qui, en temps normal, connaissent déjà conditions d’existences
difficiles. Ceux là, pour la plupart habitants les quartiers défavorisés des grandes villes d’Afrique, d’Asie, mais aussi d’Amérique Latine, sont descendus dans la rue pour manifester leur
colère.
N’en déplaise à nos amis des médias, les manifestants sont les russes de la blague. Alors qui en sont les
juifs ? Ceux qui vivent avec moins d’un euro par jour. Leur nombre est estimé par la FAO entre 1,2 et 1,5 milliard. Ils sont en sous alimentation chronique. Pas de quoi descendre dans la rue
et courir devant les policiers ou les militaires. Manque de protéines. Pauvres des pauvres, ils ne sont pas concernés par l’évolution des cours des matières premières. Même quand ils sont au plus
bas, leur revenu ne leur permet pas d’en acheter. Autant dire que le retour de l’inflation les chagrine moins que ne le souhaiteraient nos éminents économistes.
Avant de poursuivre, et afin de profiter pleinement de la suite, rappelons que, jusqu’au printemps 2007, les cours
des céréales étaient bas. Cette tendance à la baisse durait depuis une bonne dizaine d’années. La situation était donc éminemment favorable au recul de la faim dans le monde. Or, depuis le
premier sommet mondial de l’alimentation, loin d’avoir diminué, le nombre de ceux qui ont faim a augmenté de 37 millions. Ils sont 852 millions. Il faut ajouter à ce chiffre, les neuf millions
qui meurent de faim tous les ans, soit 90 millions pour les dix dernières années. Les morts ont l’élégance de faire baisser les statistiques de la sous nutrition. Donc, en faisant une addition à
la portée d’un économiste international, on arrive à 127 millions de crève la faim en plus. C’est moins grave que le retour de l’inflation, mais quand même. Soixante quinze pour cent de ceux qui
ont faim sont des ruraux, paysans, ouvriers agricoles misérablement payés et leurs familles. « Nous
fabriquons tous les ans dans cette époque qui est la notre, où les prix agricoles sont particulièrement bas, des paysans pauvres et affamés à la vitesse de 10, 20, 30 , 40 , 50, millions tous les
ans » résumait Marcel Mazoyer, professeur à l’Inra et ancien président du comité des programmes de la FAO, dans une communication prononcée en 2006 et dont on ne saurait trop conseiller
la lecture. (1)
Curieusement, le traitement médiatique de cette crise a ignoré pour l’essentiel ce continent de la faim et ne l’a
pas intégré dans la perspective générale de la question de l’alimentation. Notons au passage l’ironie de la situation des pauvres parmi les pauvres.
En temps normal, c’est à dire quand les cours sont bas, ils ne font pas la une. La faim, coco, ce n’est pas un sujet vendeur. Quand la remontée des cours réveille les consciences, le milliard d’estomacs vides est tout aussi absent des écrans et des couvertures [..]
Source : Vin&Cie l'espace de liberté
Ceux qui font et vendent le vin, boisson mâle par excellence, même si l’irruption des femmes dans sa consommation bouscule les codes, ont-ils
pris pleine conscience de l’évolution des mœurs ? J’en doute. Alors que, tout en haut de la pyramide, les grands crus et les champagnes se lovent avec délectation sur la vague du luxe, du
bling-bling des nouveaux riches, dans le cœur du marché le seul terrain labouré, il est certes riche mais pas extensible à souhait, est celui de la tradition, du vin d’esthète, alors que les
récentes études de consommation montrent qu’ « en se retranchant dans le contexte de repas convivial, qui pèse actuellement 15%, le vin rouge est amené à décliner. Le blanc se consomme de
plus en plus en dehors des repas. Quand au rosé, il se situe un peu partout. » En effet, le vin dans notre beau pays, c’est à la fois l’ordinaire majoritaire, certes déclinant : 46%
consommés au cours de « repas ordinaire à domicile » et 29,5%, en progression, le petit verre hors de chez soi ou hors du repas. Le vin des spécialistes c’est 15%. Bref, en soulignant
que nous restons le premier marché mondial de consommation – en volume et par tête d’habitant – ce qui, n’en déplaise aux hygiénistes, n’est pas une tare, mais le reflet d’une évolution
historique de longue période : le passage du vin boisson au vin plaisir, l’observation fine de l’évolution de la couche majoritaire de nos consommateurs : les mâles relève du pur
buiseness et non d’élucubrations d’intellos en mal de copie.
« Un tiers viril, un tiers largué, un tiers féminisé, et tout ça dans le désordre. » écrit
Nicolas Riou, patron de Brain Value, société spécialisée dans le comportement des consommateurs. Le « Marlboro Man » est en voie d’extinction, le modèle masculin, héritier de Gabin et
de Ventura s’efface et, comme toujours, chez les gourous des socio-types, le Nicolas il dégaine sa typologie de remplacement : le métrosexuel, l’homme en crise,
le gay et le néo-macho. Je sais, je sens, je vois monter chez certains d’entre vous des ricanements, des « c’est encore des fantasmes de publicitaires qui ne voient midi qu’à la porte
des bobos ». En partie d’accord, mais comme, sous l’écume des tendances frivoles, se cachent les mouvements profonds de nos sociétés postmodernes, balayer d’un revers méprisant de la main
ces approches constitue, pour des gens qui font la danse du ventre pour séduire des néo-consommateurs, une forme de légèreté inexcusable. Même si ça vous choque le vin entre lui aussi, pour
certains, dans la sphère de l’inutile et du futile, produit de différenciation dans un univers globalisé où renaissent les tribus.
Sur le métrosexuel on a beaucoup écrit ces derniers temps, alors quelques touches de rimmel pour
mémoire : « Aujourd’hui, en parfumerie, une femme sur trois est un homme. Un homme sur cinq utilise des soins, alors qu’il y a dix ans, ils étaient seulement un sur vingt… »
affirme Vincent Boinay, DG de Biotherm France. Ces jeunes hommes, moins de 35 ans, qui « absorbent des crèmes antirides au goulot et achètent autant de fringues que leurs copines… »
dixit Dorane Vignando, comme par scissiparité se scindent en « übersexuels » : les virils qui s’épilent le torse, en « himbos » : bimbos au masculins qui, toujours
selon la Dorane « revendiquent le droit de passer plus de temps au Club Med Gym que devant Téléfoot… »
Les « hommes en crise », eux, plutôt des quadras et des quinquas, sont, selon le Nicolas, de
« grands perdants de la guerre des sexes… de grands brûlés… Leur désarroi est particulièrement fort en période postdivorce, lorsqu’ils sont séparés de leurs enfants alors qu’ils se sont
évertués à devenir des pères irréprochables… Ils vivent les femmes comme des rivales et ont du mal à décoder leurs attentes. De plus, les attributs de leur virilité, cigarette, alcool, vitesse,
sont aujourd’hui associés à des valeurs négatives. » Déboussolés les mecs, échaudés par les amazones du sexe et les marathoniennes de l’orgasme, me dit-on, perdus face aux exigences
contradictoires des super-nanas qui « veulent un soutien, une épaule, qui va les aider à faire face aux épreuves de la vie mais aussi les faire rêver… » Un poète qui roule en Cayenne
quoi… vivent les contradictions !
Pour les gays, rien à déclarer, sauf que selon Florence Müller, professeur à l’Institut de la Mode et
historienne de la mode : « Nous assistons à une féminisation des looks masculins, dues à une nouvelle permissivité, un nouveau raffinement. Dans ce sens les gays ont préparé le terrain.
Ce sont ceux que le New York Times qualifie de « gays vagues », des hétéros pilleurs de la culture homo. Androgynie des jeunes « tecktonics » qui peaufinent leur look pour
plaire à tous les sexes. Sodome et Gomorrhe, mais non, comme le disait, en ce temps de célébration soixante-huitarde, Daniel Cohn-Bendit devant les étudiants de l’Université du Bosphore : « Je vous donne un exemple : capitale de la France, Paris : le maire de Paris, homosexuel [..]
Source : Vin&Cie l'espace de liberté
Ce matin je soumets à mes commentaires Robert Parker, le juge, le notateur, le craint, le vilipendé, celui que le Figaro qualifie de gourou dont les appréciations régulent le marché mondial du
vin, rien que cela même si, dans le même mouvement, le journaliste réduit l’ampleur du phénomène à l’univers des prix de certains vins aussi rares que chers : « Une note supérieure
à 95 et le prix de la bouteille atteint des niveaux stratosphériques. Une mauvaise évaluation ? C’est la chute brutale. »
Qui suis-je pour oser me permettre ce genre d’incongruité ?
Rien !
Rien qu’un ignorant, un ensemble vide, le mètre-étalon déposé au Pavillon de Sèvres de l’ignorance gustative.
Adepte de la diagonale du ouf je présente tout de même une caractéristique rare dans le panorama bordelais : une totale
indifférence – au sens de la physique, indifférence magnétique, équilibre, neutralité – au phénomène Parker. En effet, j’éprouve une forme de sympathie malicieuse pour l’homme, amoureux
revendiqué de la France et de sa culture, qui parle notre langue ; je tire mon chapeau au personnage qui a bousculé l’establishment bordelais et le réduit à un état de révérence proche de
celui de la noblesse d’empire vis à vis de Badinguet. Pour moi, Robert Parker n’est ni ange, ni démon, c’est un excellent homme d’affaires qui a su imposer sa marque, sa signature et qui
l’entretient avec les armes habituelles du marketing et de la communication. Sa notoriété, la positive, comme la négative suite aux « accusations » de connivence de son ancienne
collaboratrice, est indéniable.
Alors, jugeons sur pièces.
Le jugement de Parker sur le millésime 2007
« Il se présente bien mieux que je ne le pensais. Il a dû endurer un été désastreux. Heureusement, le temps sec, chaud et
ensoleillé de septembre semble l’avoir sauvé. Les meilleurs châteaux, dont les ressources financières ont permis d’effectuer un travail rigoureux dans le vignoble et une sélection stricte, ont
produits des vins fruités, doux, très charmeurs, qui seront plaisants à boire dans les prochaines années. Ils n’ont pas la densité, la structure et la puissance des grands millésimes, mais ils
seront sur la finesse, l’élégance et d’une manière générale bien équilibrés.
En revanche, les vins de qualité inférieure, qui constituent la majorité de la production, sont sans relief, avec un goût
herbacé, voire végétal. Globalement, ils sont décevants. »
Commentaire : Le
premier paragraphe est un peu convenu Robert, imaginez que ce fusse moi qui l’eut écrit je suis persuadé que la plupart d’entre vous penserait que je l’eusse pompé. Sur le climat c’est du
copié-collé. Pour le reste, c’est un peu hypocrite, car en dehors des « meilleurs châteaux »– qui par construction ont les moyens de travailler et de sélectionner – qui vont nous offrir
un charmant millésime, c’est quoi au juste la qualité du millésime des autres ?
Ceux qui sont entre le gotha et la plèbe des « vins de qualité inférieure » majoritaire, qui sont exécutés sans autre
forme de procès : j’adore la formule « avec un goût herbacé, voire végétal » comme si l’herbe n’entrait pas dans le monde végétal. Pourquoi ne pas introduire des nuances du
genre : goût de fétuque des prés ou d’oseille des jardins, ce serait plus poétique et je suis sûr que ça plairait aux consommateurs « bio ».
De plus, en dépit des performances gustatives reconnues du grand Robert, du genre marathonien du goûté-craché : « je
travaille en trois étapes. Il y a des journées où il y a douze ou treize rendez-vous dans les châteaux. D’autres jours je travaille avec des professionnels comme l’Union des Grands Crus ou le
Cercle de la rive droite, qui centralisent un grand nombre d’échantillons. Et enfin, je vois des négociants qui ont une sélection spécifique de vins, à tous les prix, que je goûte. Au final, une
grande partie des vins sont testés sur une période de dix à onze jours, deux à quatre fois dans des conditions différentes. » je le trouve un peu gonflé de porter un jugement définitif sur
des vins qu’il n’a pas pu, ou voulu goûter. Je n’imagine tout de même pas que les sélectionneurs soient assez « stupides » pour lui présenter des « vins
épinards ».
Le Parker « brosse à reluire » sur l’évolution du Bordelais
« Il est facile de critiquer cette région tant elle possède de châteaux de réputation mondiale. Mais il y a des raisons à
cette notoriété : ils sont les plus constants dans la production des plus grands vins du monde, et ce, dans la longévité. Une véritable révolution qualitative a été réalisée lors des
dix-quinze dernières années. En fait, Bordeaux est souvent critiqué car ses vins les plus célèbres sont devenus aussi chers que des œuvres d’art. Mais heureusement, il ya encore un océan de vins
de grande qualité à des prix raisonnables… »
Commentaire : Je
signe vos propos cher maître mais puis-je me permettre de pointer une étrange contradiction entre l’océan de vins de grande qualité et la mer des Sargasses de la banalité de la grande majorité
des vins du Bordelais telle que décrite ci-dessus ? Je ne conteste pas la part de vérité de vos appréciations mais, puisque vous nous dites ne pas avoir voulu devenir ce que vous êtes,
c’est-à-dire, le baromètre des vins de Bordeaux, faites nous la grâce de ne pas vous ériger en grand maître de tout et de rien. L’omniscience à l’échelle d’un individu n’est que
vanité.
Robert Parker et la mondialisation du marché du vin
« C’est très bénéfique aux producteurs. Ils ont aujourd’hui la possibilité de vendre dans tous les pays où l’intérêt pour les
bons vins prédomine. Et puis la consommation de vin devient de plus en plus populaire. D’un point de vue stratégique, je porte une attention particulière à l’évolution du goût et à l’intérêt
grandissant pour le vin dans les contrées asiatiques. On constate une attention remarquable pour le vin, comparable à ce que nous avons connu aux USA dans les dix dernières
années. »
Commentaire : saint Robert Parker vous parler d’or, puissiez-vous être entendu par la masse des vignerons et de leurs dirigeants : le modèle de consommation du vin se redessine hors des
vieux pays consommateurs et gageons que, selon une tendance constatée, il se réimposera chez nous au sein des nouvelles générations. Puisque le vin devient de plus en plus populaire cela signifie
que le plus grand nombre, les non initiés, l’abordent sans nos codes, nos préjugés. Tout est possible pour le vin français, à la seule condition, surtout pour les vins populaires, de sortir de
notre conception « artisanalo-bricoleuse » de ces vins. En clair : sortir du modèle tout AOC y compris pour certains vins de pays de grandes zones. Merci Bob d'aller porter votre
bonne parole in South of France.
Coup de chapeau de Robert au vin français
« Le vin français reste la référence pour tous les pays qui produisent des grands vins. Sa grandeur et sa qualité
intrinsèque sont devenues des indicateurs influençant les vignerons des autres pays dans l’évaluation de leur production. Les vins français, aujourd’hui, ont considérablement progressé dans la
qualité même dans les années difficiles. »
Commentaire : le
passage du singulier au pluriel voile un manque évident : en dépit de nos considérables progrès qualitatifs nous ne sommes pas la référence des vins qui plaisent aux néo-consommateurs de la
toujours plus vaste planète du vin. Merci Robert de mettre le doigt où ça fait mal.
Le style dominant selon le Parker
« Nous avons une plus grande diversité. Bien sûr les médias préfèrent quand c’est blanc ou noir et affirment qu’il s’agit
d’un style international. Mais en fait, il y a plusieurs styles. Les vins sont de plus en plus qualitatifs et ils se distinguent par leur personnalité, leurs qualités et non plus par leurs
défauts. »
Commentaire : eu
égard à la qualité du récipiendaire, peut mieux faire. C’est flou. Les modeux sont plus diserts.
Les Notes afférentes aux commentaires ci-dessus ne seront communiquées qu'à ceux d'entre vous qui en feront la demande express via la
formule Contact de ce blog.
Le rédacteur en chef de Vin&Cie l'espace de liberté , un peu gonflé...
Source : Vin&Cie l'espace de liberté
Comme la grande maison, dans sa grande bonté, ne me payait pas pour fraterniser
avec l’avant-garde de la classe ouvrière, mais pour aller fourrer mon pif dans les petites affaires des adorateurs du grand Timonier, je donnais rendez-vous, pour le samedi suivant, par
téléphone, au buffet de la gare du Nord, à Gustave la balance, l’infiltré. La perspective de rencontrer cette raclure ne m’enchantait guère mais, comme sans lui, je ne pouvais m’introduire, sans
éveiller de soupçons, dans les petits papiers des éminences de la GP, je devais en passer par là. Tout ce passa au mieux. Gustave se révéla pire que prévu, immonde et faux-derche. En l’écoutant
je ne pouvais m’empêcher de penser que vraiment les têtes d’œufs de la rue d’Ulm devaient être encore plus déconnectées de la vie réelle que je ne pouvais l’imaginer pour accorder du crédit à ce
type. Retord le Gustave chercha d’abord à m’amadouer puis, l’alcool aidant, il se fit un peu menaçant. « Pour eux, un gars comme toi,
celui qu’on va dire que tu es, c’est une putain de recrue. Méfies-toi de ne pas te prendre à leur petit jeu et de ce que veulent entendre les chefs. C’est tentant tu sais de chier dans les bottes
de tout le monde. Moi, depuis que j’ai commencé à balancer je peux plus m’arrêter, ça me soulage comme quand je dégueule le lendemain d’une sale biture. Alors je raconte des craques à tout le
monde. Je n’ai pas envie que tu tues la poule aux œufs d’or mec ! Alors déconne pas, ne m’enlève pas le pain de la bouche sinon je cafte le morceau à mes potes révolutionnaires et je suis
certain que tu passeras un sale quart d’heure… » Je le rassurai. Il crut bon de se justifier. Je laissai dire en acquiesçant et pour sceller notre collaboration je le fis carburer au
Cognac.
Nous devions nous retrouver en fin de matinée, le lendemain, au même endroit. Le programme du Gustave, réglé
comme du papier à musique, se résumait à la séquence : rencontre dans un bar des Champs avec son contact des RG – celui-ci ignorait mon existence – puis, selon ses propres déclarations,
dégorgeage de ses burnes dans le fion d’une vieille morue de la rue de Ponthieu, enfin nuit du côté de la Porte d’Orléans avec ses enculeurs de mouches. « Putain, ces branleurs ne carburent
qu’au Nescafé, c’est dégueu, et ils fument comme des pompiers, j’en ai ma claque tu sais de leurs parlottes interminables. Y m’arrive de m’endormir. Ça ne les dérange pas, y’me demandent jamais
mon avis. L’autre soir, celui qu’a une gueule de merlan, j’sais plus son nom de guerre, y ce sont tous affublés de prénoms Antoine pour Rolin, Pierre pour le chef Benny, y’a que moi qui suis
toujours Gustave, c’est bien la preuve que je compte pour du beurre, donc le merlan, Serge de son vrai prénom, nous a sorti sérieux comme un pape : « que la nuit pour dormir ça
n’existait pas. C’était une invention de bourgeois… » Personne n’a rigolé. Ils se sont ensuite empaillés pour savoir s’ils allaient écrire dans leur torche-cul de trac, à propos des mobiles
qui gardaient l’ambassade des fantoches du Vietnam du Sud : les cognes, les bourres, les poulets, ou les flics… Moi j’avais envie d’écluser une bière alors j’ai largué une caisse crasseuse
et j’ai dit, qu’après tout, nous dans le Nord, on appelait les flics des flics. Ça les a convaincu et j’en ai envoyé un m’acheter de la Valstar à l’épicerie du bas. Ce brave con m’en a ramené un
casier. Je les ai sifflées, en bouffant du saucisson sur un bout de pain sec, pendant qu’y continuaient à dégoiser sur les supplétifs des impérialistes américains. Tu ne vas pas te marrer tous
les jours avec eux. D’ailleurs, je ne comprends pas bien pourquoi tes chefs font tout ce tintouin pour ces va-de-la gueule, y savent que causer… des révolutionnaires en peaux de lapin c’te
bande d’illuminés. La plupart du temps j’entrave que dalle à ce qui disent…»
Sur ces fortes paroles le grand Gustave Porcheron rotait, se levait, se tripatouillait l’entrecuisse, me tendait
sa paluche molle et partait de son pas lourd de sac à bière. Il fallait que je respire, que je parle à un type normal, sinon l’envie de tout plaquer,
de fuir cette merde grasse, prendrait le dessus. J’enfourchais ma mobylette et je filais chez mon vieux complice Raymond Dubosc qui devait préparer son matériel de pêche pour dimanche dans son
pavillon de Nogent. Raymond allait me requinquer. Me raconter ses histoires de jeunettes autour d’une bonne fricassée de lapin. Dans la cave de Raymond des bocaux, bien alignés, étiquetés :
année, produit, formaient un mur de victuailles permettant de soutenir un siège de plusieurs mois. Avant même que je me pointe devant le portillon il aurait reconnu le bruit de ma pétrolette et
je savais que sous sa casquette il composait déjà le menu de nos réjouissances. La bouteille d’aligoté m’attendait au frais. Ce jour-là, lorsque je lui tendis la main pour le saluer, il la garda
dans la sienne en grommelant : « tu devrais arrêter ces conneries mon garçon. Tu n’as pas des mains faites pour ce boulot de cons. Mais bon comme tu es têtu comme un âne je sais que je
parle dans le vide alors on va s’en jeter un et tu vas me raconter comment ça se passe chez Citroën… » Le bras de Raymond sur mon épaule pesait son poids de sécurité et d’amitié, ça
suffisait à mon bonheur.
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